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Annulation de marque

En résumé

Guide complet de la procédure d'annulation de marque : motifs de nullité absolus et relatifs, déchéance pour non-usage, procédure devant l'INPI et les tribunaux, coûts, délais et stratégies de défense.

Points clés à retenir
  • L'annulation vise à supprimer rétroactivement une marque du registre INPI — elle n'aurait jamais dû être enregistrée
  • Deux catégories de motifs : absolus (distinctivité, licéité) et relatifs (droits antérieurs)
  • Depuis la réforme de 2020, l'INPI est compétent pour les actions en nullité et en déchéance (taxe : 800€)
  • La déchéance sanctionne un comportement postérieur : non-usage pendant 5 ans ou dégénérescence
  • La forclusion par tolérance empêche d'agir après 5 ans de connaissance et de tolérance

L'annulation de marque est la procédure qui vise à faire disparaître une marque du registre de l'INPI, soit rétroactivement (nullité), soit pour l'avenir (déchéance). Contrairement à l'opposition qui intervient pendant la période d'enregistrement, l'annulation vise une marque déjà enregistrée. C'est un outil juridique puissant, profondément réformé depuis le 1er avril 2020 avec la création d'une procédure administrative devant l'INPI, plus rapide et moins coûteuse que la voie judiciaire.

Pour le titulaire, une action en annulation est une menace sérieuse. Pour le demandeur (concurrent, titulaire de droits antérieurs), c'est un levier stratégique pour libérer un signe indûment monopolisé. Comprendre les mécanismes de l'annulation est essentiel, que vous soyez en position d'attaque ou de défense. Cet article détaille les motifs, les procédures et les stratégies à adopter.

~2 500
demandes en nullité et déchéance déposées chaque année devant l'INPI depuis la réforme de 2020
Source : rapport d'activité INPI

Nullité vs déchéance : deux mécanismes distincts

Il est fondamental de distinguer la nullité de la déchéance, car leurs motifs, leurs effets et leurs conditions sont différents. Cette distinction est souvent source de confusion, y compris chez les professionnels.

CritèreNullitéDéchéance
NatureLa marque n'aurait jamais dû être enregistréeLa marque a été valablement enregistrée mais un événement postérieur justifie sa radiation
Moment du viceAu moment du dépôt (vice originel)Après l'enregistrement (comportement ultérieur)
EffetsRétroactifs — la marque est réputée n'avoir jamais existéNon rétroactifs — la marque est radiée à compter de la demande
Motifs principauxDéfaut de distinctivité, illicéité, atteinte à des droits antérieurs, mauvaise foiNon-usage pendant 5 ans, dégénérescence, signe devenu trompeur
PrescriptionPas de prescription (motifs absolus) / Forclusion 5 ans (motifs relatifs)Pas de prescription — applicable dès que la condition est remplie

Les motifs de nullité absolus

Les motifs absolus de nullité visent des vices intrinsèques au signe lui-même, qui n'aurait pas dû être enregistré. Ils peuvent être invoqués par toute personne intéressée, y compris le ministère public. Les principaux motifs absolus sont :

  • Défaut de caractère distinctif (art. L.711-2 CPI) — Le signe est descriptif, générique, usuel dans le langage courant ou dans les habitudes du commerce pour les produits/services visés. Exemple : « RAPIDO » pour un service de livraison rapide.
  • Signe exclusivement descriptif — Le signe se borne à désigner une caractéristique du produit : qualité, quantité, destination, provenance géographique, époque de production. Exemple : « BIO NATUREL » pour des produits alimentaires biologiques.
  • Signe contraire à l'ordre public ou aux bonnes mœurs — Termes injurieux, discriminatoires, incitant à la haine ou à la violence. Ce motif est rarement invoqué mais existe.
  • Signe de nature à tromper le public (marque déceptive) — Le signe induit le consommateur en erreur sur la nature, la qualité ou la provenance du produit. Exemple : « SWISS MADE » pour un produit fabriqué en Chine.
  • Signe constitué exclusivement par une forme fonctionnelle — La forme est imposée par la nature ou la fonction technique du produit, ou donne une valeur substantielle au produit.

Les motifs de nullité relatifs

Les motifs relatifs visent les conflits entre la marque contestée et des droits antérieurs. Seul le titulaire du droit antérieur peut les invoquer. L'article L.711-3 du CPI dresse la liste de ces droits :

  • Marque antérieure enregistrée — Identique ou similaire, pour des produits/services identiques ou similaires, créant un risque de confusion dans l'esprit du public (condition cumulative)
  • Marque antérieure renommée (art. L.713-5 CPI) — Protection élargie au-delà du principe de spécialité pour les marques jouissant d'une notoriété exceptionnelle
  • Dénomination sociale, nom commercial ou enseigne — S'ils sont connus sur l'ensemble du territoire et créent un risque de confusion
  • Droit d'auteur antérieur — Le signe reproduit une œuvre protégée par le droit d'auteur sans autorisation
  • Droit de la personnalité — Le signe porte atteinte au nom, à l'image ou à la renommée d'une personne
  • Appellation d'origine protégée (AOP/IGP) — Le signe porte atteinte à une indication géographique protégée
  • Dépôt effectué de mauvaise foi — Le déposant connaissait l'existence de droits antérieurs et a agi dans une intention frauduleuse (captation, blocage, parasitisme)
Forclusion par tolérance

Si vous êtes titulaire de droits antérieurs et que vous avez toléré l'usage d'une marque postérieure pendant 5 ans en en ayant connaissance, vous perdez le droit d'agir en nullité (article L.716-4-5 CPI). Exception : cette forclusion ne s'applique pas si le dépôt a été effectué de mauvaise foi. La vigilance et la réactivité sont donc essentielles.

Les motifs de déchéance

La déchéance sanctionne non pas un vice originel mais un comportement postérieur à l'enregistrement. Les trois motifs principaux sont :

1. Non-usage pendant 5 ans (art. L.714-5 CPI)

C'est le motif de déchéance le plus fréquent. Si le titulaire n'a pas fait un usage sérieux de sa marque pendant une période ininterrompue de 5 ans, sans justes motifs, tout tiers intéressé peut demander la déchéance. L'usage sérieux s'entend d'une exploitation réelle et effective dans le commerce, pour les produits/services pour lesquels la marque est enregistrée. La charge de la preuve de l'usage incombe au titulaire.

2. Dégénérescence

Comme détaillé dans notre article sur la dégénérescence d'une marque, une marque qui est devenue la désignation usuelle dans le commerce du produit peut être déchue. Le titulaire doit démontrer qu'il a pris des mesures actives pour maintenir le caractère distinctif de son signe.

3. Signe devenu trompeur

Si la marque est devenue, postérieurement à son enregistrement, propre à induire le public en erreur (sur la nature, la qualité ou la provenance des produits), elle peut être déchue. Exemple : une marque contenant « bio » dont le titulaire abandonne la certification biologique.

La procédure devant l'INPI (depuis 2020)

La réforme du 1er avril 2020 a été un tournant majeur en confiant à l'INPI la compétence pour statuer sur les demandes en nullité et en déchéance de marques. Auparavant, seuls les tribunaux judiciaires pouvaient se prononcer. Cette réforme a considérablement simplifié l'accès à la justice en matière de marques.

CritèreProcédure INPIProcédure judiciaire (TJ)
Taxe / Frais800€Avocat obligatoire (3 000-15 000€)
ReprésentationFacultative (pas d'avocat obligatoire)Avocat obligatoire
Délai moyen6-12 mois12-24 mois (voire plus)
Dommages-intérêtsNon (l'INPI ne peut pas en accorder)Oui — réparation du préjudice possible
Mesures provisoiresNonOui (référé, mesures conservatoires)
AppelCour d'appel (dans le mois)Cour d'appel (dans le mois)
Demande reconventionnelleLimitéeOui (contrefaçon, concurrence déloyale)

La procédure devant l'INPI se déroule en plusieurs étapes : dépôt de la demande (formulaire + taxe de 800€), notification au titulaire de la marque contestée, échange de mémoires écrits entre les parties (phase contradictoire), puis décision motivée de l'INPI. Le titulaire dispose d'un délai de 2 mois pour présenter ses observations en réponse à la demande.

« La réforme de 2020 a démocratisé l'accès aux actions en nullité et en déchéance. Avant, le coût d'une procédure judiciaire dissuadait de nombreuses PME d'agir contre des marques indûment enregistrées. Avec la procédure INPI à 800€ sans avocat obligatoire, le rapport coût/bénéfice a radicalement changé. C'est une avancée majeure pour le droit des marques en France. »
Équipe juridique MarquoExperts en propriété intellectuelle

Comment se défendre face à une demande d'annulation

Si votre marque fait l'objet d'une demande en nullité ou en déchéance, ne paniquez pas. Plusieurs moyens de défense sont à votre disposition :

  • Vérifiez la recevabilité — Le demandeur a-t-il qualité pour agir ? Les délais sont-ils respectés ? La forclusion par tolérance s'applique-t-elle ?
  • Contestez les motifs — Argumentez sur la distinctivité de votre signe, l'absence de risque de confusion, la différence des produits/services
  • Prouvez l'usage (en cas de déchéance pour non-usage) — Rassemblez factures, bons de commande, publicités, captures de site web datées, attestations clients
  • Invoquez le caractère distinctif acquis — Un signe initialement descriptif peut avoir acquis un caractère distinctif par l'usage (secondary meaning)
  • Négociez un accord — Proposez un accord de coexistence, une limitation des produits/services, ou un transfert partiel de droits
  • Faites-vous assister — Même si l'avocat n'est pas obligatoire devant l'INPI, l'assistance d'un professionnel augmente significativement vos chances de succès

Outil : évaluez la vulnérabilité de votre marque

Évaluateur de vulnérabilité à l'annulation

Évaluez les facteurs de risque :

Répondez aux questions pour évaluer le risque
L'opposition de marque

L'autre procédure de contestation : agir avant l'enregistrement définitif

Action en contrefaçon : étape par étape

La procédure judiciaire pour faire cesser l'usage non autorisé de votre marque

Protégez votre marque ou contestez un enregistrement

Que vous souhaitiez défendre votre marque contre une demande d'annulation ou contester l'enregistrement d'un tiers, Marquo vous accompagne à chaque étape.

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Questions fréquentes

L'annulation (nullité) remet en cause la validité du titre ab initio — la marque n'aurait jamais dû être enregistrée car elle ne remplissait pas les conditions de validité au moment du dépôt. La déchéance sanctionne un comportement postérieur à l'enregistrement : non-usage pendant 5 ans, dégénérescence, ou signe devenu trompeur. Les deux aboutissent à la perte des droits, mais avec des effets temporels différents.
Pour les motifs absolus (descriptivité, défaut de distinctivité, illicéité), toute personne intéressée peut agir, y compris le ministère public. Pour les motifs relatifs (atteinte à des droits antérieurs), seul le titulaire du droit antérieur peut agir. Devant l'INPI, aucune représentation par avocat n'est obligatoire, ce qui rend la procédure accessible.
Devant l'INPI, la taxe est de 800€ (pas de représentation par avocat obligatoire). Devant le tribunal judiciaire, les frais sont beaucoup plus élevés : avocat obligatoire (3 000 à 15 000€ d'honoraires), plus les frais de procédure. L'INPI est donc devenu la voie privilégiée pour les actions en nullité et en déchéance depuis 2020.
Oui. L'annulation peut être prononcée pour tout ou partie des produits et services visés par l'enregistrement. Par exemple, si une marque est jugée descriptive pour des produits en classe 30 (alimentaire) mais distinctive pour des services en classe 35 (commerce), seul l'enregistrement en classe 30 sera annulé.
Pour les motifs absolus, il n'y a pas de prescription — l'action peut être engagée à tout moment. Pour les motifs relatifs (atteinte à des droits antérieurs), la forclusion par tolérance s'applique : le titulaire de droits antérieurs qui a toléré l'usage de la marque pendant 5 ans en connaissance de cause ne peut plus agir en nullité (article L.716-4-5 CPI), sauf si le dépôt a été effectué de mauvaise foi.
Oui, contrairement à la déchéance. La nullité anéantit la marque rétroactivement : la marque est réputée n'avoir jamais existé. Les licences concédées, les cessions effectuées et les actes accomplis sur la base de cette marque sont remis en cause. La déchéance, elle, ne produit ses effets qu'à compter de la date de la demande.

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